Festival La Bèl Parol
Festival des arts de la parole et de l’oralité
Aux origines : une veillée pour réinventer la parole
Tout commence en 2014, à la Fabrik de Saint-Denis. Sergio Grondin, alors artiste associé au Centre Dramatique de l’Océan Indien, mène un atelier d’une année avec des conteuses réunionnaises pour réinterroger leurs pratiques. De ce travail au long cours naît Sosiété Vantanflèr, spectacle qui réinvente la veillée mortuaire créole comme espace de transmission et de mémoire vive.
Autour de cette création, le CDNOI décide de porter un festival consacré aux arts de la parole. La Bèl Parol est née. Depuis 2015, ce rendez-vous unique dans l’océan Indien célèbre la puissance du récit sous toutes ses formes : contes, slam, théâtre documentaire, éloquence, musique narrative.
En 2026, onze ans après sa création, le festival se métamorphose. Désormais porté par la Compagnie Karanbolaz, il passe en rythme biennal pour se donner le temps de la profondeur, de l’ancrage territorial et de l’expérimentation. Cette transformation n’est pas un repli mais une respiration nécessaire : construire un festival qui questionne autant qu’il enchante, qui invente autant qu’il transmet.
Un laboratoire à ciel ouvert
La Bèl Parol 2026 sera un chantier ouvert où artistes et spectateurs co-construisent ensemble. Le public ne reste plus simplement assis : il traverse, choisit son parcours, découvre des créations éphémères qui vivent le temps d’une soirée avant de s’effacer. Résidences-éclairs, collaborations improbables entre artistes extérieurs et créateurs locaux, spectacles qui n’existeront qu’une fois. L’éphémère devient principe fondateur, réponse créative à l’urgence climatique.
L’océan Indien comme horizon
Plutôt que d’importer des spectacles clés en main, nous invitons des artistes à créer ici, avec nos musiciens, nos conteurs, nos matériaux, nos espaces. Nous privilégions les artistes de l’océan Indien (Madagascar, Maurice, Mayotte, Seychelles, Comores), créant un dialogue Sud-Sud, horizontal, d’égal à égal. De chaque rencontre naît une œuvre unique, ancrée et mobile à la fois.
La langue créole au cœur
La Bèl Parol affirme le créole comme langue de création, de pensée et de débat. Les finalistes de KoZarlor, concours d’éloquence en créole réunionnais, trouvent leur scène au festival. Les ateliers menés toute l’année dans les quartiers de Saint-Joseph aboutissent en restitutions publiques. Le créole irrigue l’ensemble du projet : panneaux, débats, spectacles, échanges. Cette présence n’est pas folklorique, c’est une affirmation politique.
Un festival an lantouraz
La Bèl Parol se construit par la mutualisation des forces vives : La RAK et Bourbon Palto prennent en charge le volet musical, Lutte et Culture apporte l’énergie des soirées fonnkèr, la mairie de Saint-Joseph devient co-producteur stratégique, le lycée de Vincendo offre un espace de résidence, la médiathèque du Sud Sauvage et le tissu associatif local constituent le terreau fertile. L’AREC accompagne la démarche éco-responsable. Chaque collaboration redessine les contours du festival.
Entre spectacles et créations éphémères
Au programme : des spectacles à part entière (Sakay, création franco-malgache de Karanbolaz ; Sens la foudre sous ma peau de Baba Sifon ; La Muette ; Chromosomes…) et des créations éphémères nées sur place. Conteurs perchés dans les arbres, concerts intimes pour deux auditeurs, marches où les histoires se transforment de bouche en bouche, stand-up fonnkèrizé où l’humour rencontre la poésie. Le festival mêle spectacles programmés et expériences impromptues.
Une table ronde : Le récit et l’océan
Comment les traditions narratives de l’océan Indien se réinventent-elles à l’ère du numérique ? Comment les nouveaux récits dialoguent-ils avec les anciens ? Une rencontre pour penser ensemble les mutations de l’oralité dans notre archipel.
Un festival qui questionne son époque
Dans un monde fragmenté par les tensions, La Bèl Parol propose un espace où les mémoires se confrontent, où les héritages coloniaux s’interrogent, où peuvent naître des récits Sud-Sud. Le récit ne résout rien, mais il crée un espace où l’on peut encore penser, imaginer, résister. Parce que depuis toujours, les humains se racontent des histoires. Non par nostalgie, mais parce que le récit est un outil de survie et de compréhension du monde.
La Bèl Parol 2026 : un prototype
Ce festival teste un modèle, accepte l’erreur, documente ses tâtonnements. Ce que nous construisons préfigure peut-être les festivals de demain : moins fréquents mais plus intenses, plus ancrés territorialement, plus respectueux de l’environnement, plus collaboratifs.
In ti péyi mé in gran lavnir : c’est cette promesse que nous voulons tenir, an lantouraz.