Cie Karanbolaz
Théâtre documentaire et arts de la parole de l’Océan Indien
Depuis quinze ans, la Compagnie Karanbolaz interroge les mémoires, les langues et les identités de La Réunion à travers le théâtre documentaire et les arts de la parole. Seule compagnie des Outre-mer entièrement dédiée aux arts du récit, Karanbolaz crée des spectacles qui mêlent archives historiques, témoignages contemporains et oralité créole pour faire entendre les voix invisibilisées de notre histoire commune.
Un tournant stratégique : l’ancrage indianocéanique
Après plus d’une décennie de collaborations avec l’Hexagone et l’international, la compagnie affirme aujourd’hui un nouveau cap artistique et politique : faire de l’Océan Indien son premier territoire d’exploration et de dialogue. Non par repli, mais par nécessité. Dans un monde fragmenté par les tensions et les replis identitaires, le théâtre devient cet espace où les mémoires blessées se confrontent, où les héritages coloniaux s’interrogent, où des récits Sud-Sud peuvent naître d’égal à égal.
La Réunion occupe une position singulière : à la fois française et africaine, européenne et créole, tournée vers Madagascar, Maurice, les Comores, Mayotte. Karanbolaz en fait un carrefour, un îlet entre les îles où s’élaborent des créations nourries de nos multiples horizons.
Une signature artistique : le théâtre documentaire
Chaque création naît d’un long travail de collectage : rencontrer des témoins, fouiller les archives, écouter les mémoires transmises. En croisant documents historiques, paroles intimes et récits populaires, Karanbolaz crée un théâtre polyphonique qui refuse l’histoire unique. La langue créole y tient une place centrale, non comme folklore mais comme outil politique de réappropriation de nos récits.
De Domoun (2024), qui interroge l’affaire des enfants de la Creuse et la déportation des Réunionnais, à Sakay (création 2026), exploration franco-malgache de la mémoire coloniale, en passant par L’Incyclopédie du Continent Réunionnais, exploration d’une histoire réinventée, chaque spectacle construit des ponts entre passé et présent, entre isi et déor.
Des projets phares pour 2026-2028
Sakay — Création franco-malgache avec Gad Bensalem (Madagascar) qui documente et interroge l’installation de familles réunionnaises à Madagascar dans les années 1950. Entre archives et récits intimes, ce spectacle questionne nos héritages coloniaux et cherche les chemins d’un dialogue Sud-Sud au-delà des logiques de domination.
Domoun — En tournée dans l’Hexagone depuis 2024, ce spectacle documentaire explore l’affaire des enfants de la Creuse (1962-1984) en croisant tragédie collective et histoire familiale.
La Bèl Parol — Le festival bascule en format biennal à partir de 2026. Une transformation qui permet d’approfondir la démarche : ancrer le festival dans son territoire (Pointe Langevin, Saint-Joseph), construire un modèle éco-responsable, privilégier les artistes de l’Océan Indien et les résidences de création longues. Le festival devient laboratoire où le public assiste à l’élaboration même des créations.
Une compagnie engagée dans la transmission
Au-delà de la création, Karanbolaz développe une action culturelle ambitieuse : coordination de KoZarlor, concours d’éloquence en créole réunionnais pour lycéens (3ème édition en 2025), ateliers en milieu scolaire, carcéral et social, formations professionnelles pour conteurs et comédiens.
Sergio Grondin, fondateur et directeur artistique, est également traducteur et parolier en créole, conférencier spécialisé en arts oratoires, et référent artistique de plusieurs dispositifs de valorisation de la langue créole. Finaliste de la Grande Joute de la Francophonie 2018, il incarne cette parole créole contemporaine et politique qui refuse l’assignation.
Un réseau de partenaires fidèles
Conventionnée par la DRAC Réunion, la Région Réunion et la Ville de Saint-Joseph, la compagnie a tissé au fil des ans des collaborations solides : La Maison du Conte (Chevilly-Larue), le festival Rumeurs Urbaines, le Théâtre Luc Donat, le Centre de Production des Paroles Contemporaines (Rennes), le festival Mythos, ainsi que des partenariats émergents à Madagascar, au Sénégal (Villa NDAR), en Afrique du Sud et en Guyane.
2026-2028 : Une triennale pour un théâtre indianocéanique
Cette nouvelle période triennale dessine les contours d’un théâtre horizontal et ouvert, irrigué par les mémoires du Sud. Multiplier les résidences croisées, les plateformes d’échanges, les co-créations entre artistes de l’Océan Indien. Faire de La Bèl Parol un espace de recherche et d’expérimentation. Transmettre aux jeunes générations les outils d’une parole libre et créole.
Dans un monde en tension, le théâtre s’impose comme un espace de cohésion. Karanbolaz trace le cap : enraciner notre compagnie dans son océan, inventer un théâtre qui traverse les frontières sans les nier, faire entendre les voix qui construisent nos îles d’aujourd’hui.